[Homeland] Le réalisme de la série vue par des agents vétérans de la CIA partie 2

Written by Charlotte Philippe. Posted in Homeland, Séries de A à Z

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Published on décembre 17, 2014 with Pas de commentaire

Sur la façon dont la série montre le Pakistan, il s’agit en effet d’une société à deux vitesses : d’un côté, les pauvres et les masses qui se débattent, radicalisés par l’ancien (et plus tard exécuté) premier ministre Zulfiqar Ali Bhutto et désormais plus favorables aux prophètes islamistes plutôt qu’aux nationalistes d’antan. Et de l’autre, l’élite, essentiellement le Pendjab, civils et militaires qui dirigent le pays.  Pendant la période coloniale, les musulmans du Pendjab ont formé la classe martiale prisée du raj britannique. (Comme le critique Malcolm Muggeridge l’a fait remarquer,  » parfois, je pense que les seuls vrais anglais qui restent sont en Inde. Par là, il entendait l’ensemble du sous-continent indien et pas simplement l’Inde.) L’élite musulmane du Pendjab, descendants des premiers conquérants musulmans, se considéraient naturellement comme des combattants supérieurs aux hindous. Le problème c’est que le Pakistan n’a eu de cesse de perdre ses guerres contre l’Inde. En gros, le Pakistan est un Etat lésé qui a reçu la petite part du gâteau lors de la partition. On peut se demander dans quelle mesure cette partition était une bonne idée.

Le général à la tête de l’ISI qui conduit les négociations avec l’ambassadrice Martha Boyd (Laila Robins), le directeur de la CIA en visite (Tracy Letts) et le chef de station Carrie Mathison pour la libération de l’ex directeur de la CIA, Saul Berenson est un portrait parfait de cette élite pakistanaise : grand, imposant à la voix grave habillé pour l’occasion à la Savile Row (marque de vêtements britannique, NDLR).  Les discussions ne sont pas amicales mais les dispositions sont prises pour l’échange, qui n’interviennent qu’après une scène très tendue, uniquement pour aboutir au retour du convoi américain après le transfert qui tourne en scène d’attaque près de l’Ambassade. Bien que Carrie et Saul survivent, l’attaque s’avère être une diversion pour que l’Ambassade sans ses Marines envoyés sur la scène de l’attaque puisse être pénétrée par Haqqani qui obtient les codes donnant les noms des agents de la CIA dans le pays. Washington décide d’évacuer l’Ambassade mais Carrie reste seule pour essayer de localiser et de porter secours à Peter Quinn qui est partie dans une mission suicide pour avoir Haqqani.

Les origines de ce à quoi fait face Carrie dans la saison 4, et que ses successeurs en tant que chef de station à Islamabad continueront à affronter dans le futur, ont largement été expliqué avec précision dans  Charlie Wilson’s War (« La guerre selon Charlie Wilson »), un récit dramatique de cette guerre que nous avons développé et mené quand nous étions à la CIA. Même si le succès tactique et stratégique d’humilier la seule autre super puissance mondiale (l’URSS NDLR) était de court terme puisque les US ont focalisé leur attention sur les combattants moudjahidines que nous avons formé et entraîné. L’ISI a soutenu secrètement les talibans pour prendre le pouvoir et établir un gouvernement radical islamique à Kaboul qui a rapidement donné asile et de l’aide à Oussama Ben Laden et à Al Qaida pendant qu’ils organisaient les attaques du 11 septembre.

Notre implication remonte à des décades. Sur le plan du contexte opérationnel, la CIA a développé l’avion espion U-2 pendant les années 50 et la base militaire à Peshawar, à la frontière nord-ouest du Pakistan a été choisie pour les départs de vols de reconnaissance au-dessus de l’Union Soviétique. La CIA, en tant que créateurs du U-2 et l’ISI assignée à la gestion de la base de Peshawar, ont été mis ensemble dans ce qui est devenue une relation continue mais souvent difficile.

Le test majeur entre la CIA et l’ISI est survenu en 1978 quand le parti communiste a pris le pouvoir chez le voisin afghan, sonnant l’alarme au Pakistan qui partage une partie de la population avec l’Afghanistan, les Pachtounes et qui considère l’Afghanistan, pays musulman, comme stratégique vis-à-vis de l’Inde. L’ISI a demandé à la CIA d’aider à constituer une révolte qui s’était développée dans les campagnes afghanes contre les règles communistes. Quand les troupes soviétiques ont envahi l’Afghanistan à la fin de 1979, la CIA et l’ISI qui avaient aidé les Afghans rebelles avec du matériel « non létal » ont commencé à fournir des armes de façon exponentielle tant en terme de quantité que de qualité.

Un programme sous couvert, soutenu au niveau présidentiel mais sanctionné par le Congrés, qui a duré 10 ans et 14 000 morts plus tard l’Union Soviétique a finalement quitté le pays. Le soutien de la rébellion Moudjahidine a coûté quelques deux milliards de dollars avec l’Arabie Saoudite payant la moitié de la note. Et les armes principalement de fabrication soviétique étaient acheminés de Chine et d’Egypte. A une étape ultérieure de la guerre, le missile Stinger de fabrication américaine a été introduit et a fait des ravages sur les hélicoptères russes. Environ 1000 d’entre eux ont été descendus.

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