[Homeland] Le réalisme de la série vue par des agents vétérans de la CIA partie 1

Written by Charlotte Philippe. Posted in Homeland, Séries de A à Z

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Published on décembre 17, 2014 with Pas de commentaire

Ayant largement partagé mon enthousiasme pour la série Homeland, notamment la saison 4 en cours de diffusion.

Lire La saison 4 encore meilleure que les autres ?

Je ne parlais bien sûr que des qualités d’une série TV en tant que fiction sans aborder son réalisme, la question étant bien trop complexe.

Je partage donc cet article que je traduis ici qui donne un autre éclairage sur la série du point de vue non plus fictionnel mais de son réalisme par rapport à ce qui se passe sur le terrain. Deux vétérans de la CIA, Chuck Cogan et John MacGaffin donnent leur point de vue.

« Alors que le final de la saison 4 de Homeland coïncide ironiquement avec le retrait des troupes américaines en Afghanistan à la fin du mois, nous avons voulu saisir l’occasion pour donner des éléments de compréhension et contextualiser notre longue histoire avec une région compliquée. Aucun de nous deux ne peut prétendre avoir sur la question une totale impartialité, ajoutons que nous portons une expérience opérationnelle au sein de la CIA de plus de 60 ans. Ensemble, nous avons été chef de station dans sept pays et avons eu une implication très conséquente dans les problèmes que Homeland présente dans cette saison. Chuck Cogan a également supervisé la division opérationnelle du Moyen-Orient et de l’Asie du sud et John MacGaffin était à la tête la division d’Asie centrale ainsi que directeur adjoint associé des opérations à la CIA. Enfin, John a été consultant sur la série tout au long de cette saison.

La saison 4 voit Homeland faire un changement de cap et se déroule au Pakistan où Carrie Mathison (Claire Danes) est chef de station, indubitablement la responsabilité la plus complexe et dangereuse, à la station d’Islamabad. La série cerne cela à plusieurs niveaux. Contrairement à d’autres séries, cela ne se déroule pas dans une contrée fictive du genre « Ruritania » l’action se déroule dans un vrai pays, le Pakistan et un véritable groupe de terroristes, le réseau Haqqani.

Homeland a réussi à montrer avec justesse la mission, l’intensité, le rythme, les contradictions et la complexité d’une station de la CIA engagée dans une bataille mortelle avec l’implacable terroriste. Enfin, elle met en lumière les dilemmes moraux et pratiques inconfortables et sans compromis dans ce qui semble être à présent un avenir religieux tourmenté où nous devrons faire face à d’autres ennemis implacables comme Haqqani que nous voyons comme le diable, mais qui croit avec autant de ferveur que nous représentons une menace existentielle pour eux et par conséquent que nous devons être détruits.

Bien sûr, il y a des moments où la façon de faire de la CIA serait différente de ce qui est montré dans Homeland. C’est censé après tout rester secret, les pratiques et les méthodes ne sont pas connues des adversaires ou des alliés. Ce qui est important dans le succès de Homeland est d’avoir saisi l’essentiel.

Il est fort peu probable que les médecins et le management de la CIA auraient approuvé la nomination de Carrie en tant que chef de station à cause de ses problèmes de maniaco-dépression, le travail qui l’absorbe tout entière, Saul (Mandy Patinkin), Peter Quinn (Rupert Friend) et les autres sonnent vrai pour nous qui avons été en poste. Presque tous les COS (chef de station) ont été dans une certaine mesure dans la même position :

1) La tentative de Carrie de traiter avec un gouvernement d’accueil duplice et un service de liaison dont les intérêts réels diffèrent des siens. En réalité, il n’existe pas un service d’espionnage « ami ». l’ISI, cependant est l’incarnation de la « duplicité ».

2) Sa tentative couronnée de succès in fine de repérer un individu au sein de l’ISI (Colonel Aasar Khan) dépassé dans son propre rôle et que Carrie peut convaincre de l’aider contre son propre gouvernement. C’est le cœur du processus de recrutement d’agent qui est l’élément vital de la CIA aujourd’hui.

3) La rupture de Saul avec les partisans de la guerre et son coup d’éclat prémonitoire mais « inopportun » devant un groupe de généraux du Pentagone à qui son nouvel employeur du secteur privé tente de vendre plus de services et d’armes. Une caractéristique assez répandue, les agents de la CIA sont conscients des risques moraux potentiels de leur travail et se débattent avec, tout comme Saul.

3) La frustration de Saul à la retraite de se retrouver « hors jeu » et incapable d’aider le pays comme il l’a fait jadis. Il a choisi, comme de nombreux retraités de la CIA de trouver un travail similaire, dans le cas de Saul de fournir une protection rapprochée pour Carrie et sa station.

4) Peter Quinn typique d’un cas de syndrome post-traumatique et la façon dont il attaque les moqueurs dans un « diner » est un exemple extrême du stress qui souvent poursuit les agents qui reviennent d’une mission difficile outre-atlantique. Et tout comme l’épisode le montre, la CIA trouverait une aide psychiatrique pour lui.

5) Les préoccupations de Carrie et Peter sur la légitimité de la source qui rapporte les informations qui amènent au bombardement du mariage. La CIA fait de grands effots pour comprendre la fiabilité et la justesse de chaque source. Le bon espionnage vient de sources et de moyens multiples (humain, technique, ouvert) d’informations mises bout à bout. « Une seule source », comme l’apprend Carrie dans le premier épisode est une chose très dangereuse.

6) L’angoisse de Saul de devenir la clé qui va délivrer le réseau opérationnel de Haqqani saisit brillamment l’impératif essentiel de chaque agent,  protéger vos sources à tout prix et se focaliser sur la mission. »

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