[Boss] Le pouvoir malade

Written by Julie Moreira. Posted in A voir absolument, Actus, Boss

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Published on juillet 25, 2012 with Pas de commentaire

Je ne l’avais pas vu arriver celle-là ! Bien que la chaîne Starz (Spartacus) ait nommé à la tête de ses séries, l’ancien patron de HBO, Chris Albrecht (Les Soprano, Six Feet Under), je ne m’attendais pas à un tel chef d’oeuvre avec Boss. Ambitieux drame politique, la série semble avoir digéré et incorporé ce qui se fait de mieux en la matière : Breaking Bad, Les Soprano, The Good Wife et The Wire.

De même que des chaînes ont été crées et ont construit leur réputation sur une série devenue culte et emblématique (Les Sopranos / HBO, Dexter / Showtime et AMC / Mad Men), il faudra désormais compter sur la petite Starz qui vient de signer son entrée dans la cour des grandes.

Inconnu du public français, l’acteur principal Kelsey Grammer est célèbre aux Etats-Unis pour son rôle de docteur Fraisier Crane dans la sitcom Cheers. Changement de registre radical : il est le très sombre et manipulateur maire de Chicago. Tout comme Bryan Cranston (Breaking Bad) qui passe avec brio de Malcolm, série comique, à un drame des plus noirs, Grammer se saisit de ce personnage machiavélique, corrompu et mégalomane avec une présence exceptionnelle. Une violence sourde l’anime : l’impuissance face à la mort dont il espère se remettre par une ambition démesurée de tenir les rênes de sa ville d’une poigne de fer.

En effet, dès le pilote, il est touché par une maladie cérébrale dégénérative, mélange d’Alzheimer et de Parkinson, c’est son jugement et sa mémoire qui vont être profondement affectés. La maladie le ronge petit à petit, et comme Walter White, il est captivant de voir un homme sombrer et perdre le contrôle sur son corps et son jugement moral.

Dès le pilote, élégamment mis en scène par la caméra aérienne de Gus Van Sant, Boss nous embarque dans le registre shakespearien : le roi fou qui entend exercer le pouvoir, vieille suspicion concernant les élites au pouvoir. Dans les intérieurs feutrés et chics de la mairie se trament les pires complots et se décident des actions qui affecterons les citoyens. C’est la machine politique archaique qui y est dénoncée : de génération en génération, la même élite politique continue à se partager le pouvoir.

Politique et corruption

Selon Pierre Sérisier, les scénaristes se sont inspirés de Richard J.Daley à la tête de Chicago pendant 21 années (de 1955 à 1976, date de sa mort) :« Elu du parti démocrate, il est encore aujourd’hui considéré par les historiens comme le « dernier patron (boss) » de cette cité aux moeurs publiques si particulières ». A la manière de Boardwalk Empire, c’est l’Amérique qui revisite son passé historique sombre, la violence comme ciment d’une nation. La vie politique, ses manigances et malversations sont montrées au plus près, à hauteur d’homme. Mourant et proche de la sénilité, le Maire va s’évertuer à renouveler le corps politique de Chicago avec une froide détermination et une cruauté invraisemblable.

Proche de l’excellente The Good Wife sur les scandales sexuels en politique, la manipulation de l’information et les rumeurs pour évincer les concurrents, Boss montre l’importance contemporaine de l’image à soigner et du storytelling. On jubile à l’idée que le Boss mégalomane voit son image artificielle s’effondrer. Combien de temps pourra t-il cacher sa maladie à ses proches et conserver son pouvoir ? Un peu à la manière de Breaking Bad et la mort de Walter White annoncé dès le pilote, la fin est attendue mais non dénuée de suspense. Les deux ont ceci de commun que l’annonce de leurs morts suscitent un instinct de survie meurtrier. Sans morale, ces monstres ne reculeront devant aucun acte pour acquérir encore un peu plus de pouvoir.

Mais la première trahison émane du corps. Puis la famille, les amis politiques, le personnel et le jeune protégé lâcheront le Boss. Les scènes jubilatoires sont celles où la politique acquiert un suspense intenable : un vote au conseil municipal sur l’élimination des déchets, une visite électorale dans un bus en pleine campagne.

« Tout pouvoir est violence » énonce Gilles Lame et Boss réussit à capter l’essence d’un despote au pouvoir. D’une rare intensité et dramaturgie, la tension est palpable. On a du mal à s’en remettre : les retournements scénaristiques y sont beaucoup ainsi que la noirceur et le cynisme du propos. Tout n’est que malversations, corruptions, ce qui contribue à l’intelligence et à la puissance incroyable de Boss.

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