Boardwalk Empire, Mad Men et le sexe faible

Written by Charlotte Philippe. Posted in Boardwalk Empire, Séries de A à Z, Voix libre

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Published on novembre 07, 2010 with Pas de commentaire

boardwalk_empire.jpgL’Histoire peut aussi s’apprendre dans les séries TV, c’est l’ambition de certaines séries dites historiques qui reconstituent des périodes passées pour mieux éclairer notre présent. Il est clair qu’en suivant deux séries « Boardwalk Empire » et « Mad Men », il est fascinant de voir l’évolution sociale à certains égards, et à l’inverse terrifiant de se plonger dans le passé quand on est du sexe faible.

« Boardwalk Empire » aborde l’histoire de la Prohibition à Atlantic City, une ville dont les règles de droit sont totalement baffouées par la corruption généralisée instituée par son trésorier Nucky Thompson (Steve Buscemi). L’alcool y coule à flots, l’argent sale également, et rien ne s’obtient sans passe-droits obtenus à coups de dollars. Pas grand chose de nouveau dans « Boardwalk Empire » si ce n’est une fresque très habilement maîtrisée de cette période pour le moins ambivalente des Etats-Unis, où une loi un peu absurde et puritaine interdisant le commerce et la consommation d’alcool offre une opportunité unique au crime pas organisé de s’organiser en véritable mafia. Comme d’habitude, je ne comprends rien aux tractations des gangsters qui se partagent les territoires à coup de pourcentage et de menaces ou de crimes, cf les dialogues des Soprano où il n’est pas toujours aisé de suivre les méandres des deals conclus.

Mais c’est normal je suis une femme !

boardwalk_empire_1.jpgCar si la série traite avant tout de la Prohibition, c’est toute une époque qui est reconstituée avec la commercialisation des premiers aspirateurs par exemple, ou… la question des droits des femmes à un moment où les suffragettes font parler d’elles pour obtenir le droit de vote (le droit de vote des femmes sera vraiment effectif aux Etats-Unis suite à la ratification du 19° amendement en 1919). Alors on sait bien que les femmes n’ont pas toujours eu les mêmes droits que les hommes mais en regardant la série on en deviendrait presque féministe.

Quelle est la place des femmes dans cette série? eh bien le moins qu’on puisse dire c’est qu’elles font figure de potiches sexuellement asservies. Elles sont toutes dépendantes des hommes, soit directement en se faisant entretenir par un homme riche ou indirectement en faisant commerce de leurs charmes. En même temps, rien de vraiment surprenant, puisque les deux milieux dont parle le plus la série sont ceux de la politique où on sait bien que la mysoginie n’est pas un mythe et ceux de  la mafia où une femme est soit une mère, soit une pute. Même la jeune femme cultivée et bien élevée n’a qu’une seule ambition: devenir la favorite du Roi et détrôner la gourgandine crétine (Paz de la Huerta est d’ailleurs excellente dans ce rôle). Les femmes sont des objets qui s’offrent volontiers corps et âmes aux hommes.

lucy-ware-webb-hayes-0808-lg-4230735.jpgLa seule femme à faire de la résistance à cet ordre établi est une vieille dondon de « la temperance league » qui doit son indépendance financière et morale au décès de son mari dont elle a hérité. Et dans une certaine mesure la mère de Jimmy (Michael Pitt) qui certes vit de ses spectacles érotiques mais a une certaine lucidité et un franc-parler qui font plaisir. A suivre, car au moment où j’écris la saison 1 n’est pas terminée et son personnage est peu développé.

Autre époque, autre univers, celui de « Mad Men », où il est question du monde des publicitaires dans les années 60 à New-York. Magnifique série à tout point de vue, écriture, personnages, intrigues, c’est passionnant. Pour être sincère, je commence à peine la série et je me demande si elle parle plus du monde de la publicité ou des relations hommes-femmes dans les années 60.

mad-men.jpgDans le monde de la pub on ne travaille jamais (apparemment), si bien que la série s’attarde plus sur les intrigues parallèles au boulot qu’au métier en tant que tel. Ainsi, le personnage principal, Don Draper directeur créatif de Sterling Cooper et associé de Sterling Cooper Draper Pryce est doté d’un charme indéniable qui opère aussi bien pour conclure ses affaires que ses conquêtes. Il est marié à une jeune femme qui a des faux-airs de Grace Kelly. Ils forment un couple parfait en apparence, une maison en banlieue, deux enfants. Elle ne travaille pas et s’occupe de faire tourner la maison pendant que son mari va gagner des sous.

Derrière ce portrait de famille idyllique se cachent des failles qui se traduisent dans le malaise de Betty Draper sujette à des crises d’angoisse récurrentes qui l’amènent à consulter un psychiatre. (J’ai été choquée d’ailleurs quand le mari de Betty appelle tout naturellement le psychiatre pour avoir le compte-rendu de la séance!) Elle ne le sait pas mais s’en doute probablement, son mari n’hésite pas à batifoler ailleurs sans aucun scrupule apparent. Qu’est-ce qui la stresse le plus en réalité? perdre l’homme qu’elle aime, s’ennuyer dans sa vie de femme au foyer ou se retrouver seule et sans ressources si son mari décidait de la quitter, pire encore si elle le quittait? sans doute un peu de tout cela à la fois.

mad-men-women.jpgCar un autre personnage de la série éclaire les moeurs de l’époque, la voisine divorcée qui vient de s’installer dans leur quartier. A voir la réaction des femmes du voisinage et des cancans voire du rejet teinté de pitié (ou d’envie) qu’elle engendre, on voit bien qu’il ne fait pas encore bon vouloir vivre sa vie. Le machisme ambiant est énorme mais in fine les femmes sont les premières à s’enfermer dans ce rôle puisqu’on le voit bien, elles se font une joie de tailler en pièces cette voisine qui a commis le péché de divorcer. La seule à se montrer beaucoup plus compréhensive est Betty.

Le rôle de la petite nouvelle, Peggy, embauchée comme secrétaire de Don est savoureux. Jeune provinciale, elle débarque à manhattan, pas peu fière d’avoir décroché ce job. Elle est initiée à la vie de l’entreprise par une ancienne secrétaire rompue aux règles officielles et officieuses qu’impliquent ce travail. Elle s’aperçoit vite qu’elle est l’objet de la curiosité et de la concupiscence des cadres de la boîte qui pensent avoir un droit de cuissage. Drôle ou pas, Lorsque Peggy va aux toilettes, il y a toujours une femme ou une autre en train de craquer pleurant à chaudes larmes, mais personne ne s’en inquiète sauf elle.

N’oublions pas également le personnage de la femme d’affaires, Rachel Menken qui amuse Don parce qu’elle attend l’amour avec un grand A pour se marier. Le rêve du Prince charmant qui n’arrive jamais parce qu’il n’existe pas lui renvoie Don. Cynique ou réaliste ?

Intéressant finalement de suivre en même temps deux séries traitant de deux époques différentes, Allez je vais regarder « Desperates Housewives » pour voir comment c’est maintenant… Nan, c’était juste pour rire. Sans aucun doute l’intrigue de Mad Men va évoluer au fur et à mesure puisqu’on va arriver au mouvement de libération de la femme;-). En tout état de cause, voilà deux séries qui remettent bien les pendules à l’heure. Et qu’il faut absolument regarder quoiqu’il en soit.

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